INTERVIEW – Mosa and Skubb – Show in Marseille

Graffiti Magazine interviewed the PAL guys, Mosa and Skub on the occasion of their coming exhibition “Yldune la machine à rêves” at the Association d’Idées gallery in Marseille. The show start from November 7th.  The interview is in french. You will find some more pictures HERE and HERE.

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The trailer of the exhibition:

[vimeo]http://vimeo.com/76208470[/vimeo]

Parlez moi un peu de votre expo à venir …
Mosa : L’expo s’appelle Yildun, du nom de l’étoile la plus visible de la Petite Ourse, et elle est construite autour de la machine à rêves. Donc on a mis au point une machine à rêves…

Skubb : Et cette machine capte les rêves. Le concept c’est qu’on est deux émissaires venant du futur. Mosa avait déjà fait ça l’année dernière (pour son exposition ”Countach” à la Sunset Résidence, Lyon – ndlr) donc on a l’habitude de voyager dans le temps ! L’idée c’est donc qu’on revient du futur et dans le futur, ce qui obsède les gens, ce n’est plus l’Iphone, mais la machine à rêves. Alors on ramène les plans de la machine pour montrer comment elle fonctionne. Cette machine capte les rêves, les enregistre sur un magnétophone et elle rend sous forme d’œuvres papiers. Vous avez construit une structure ?
Mosa : La structure est en préparation, mais la base de la machine est une sorte de pierre qu’on a appelé « nomède ». On voulait quelque chose d’assez abstrait qui ne soit pas une machine comme on peut en voir dans les films de science fiction. On a donc choisi quelque chose d’assez simple, d’assez brut, avec un côté cristallin, qui illumine. Cette pierre est posée sur un réceptacle qui lui permet de fonctionner et de lire les rêves pour leur donner une forme papier.

Skubb : Ensuite on s’est donné un texte « anticipation » pour mettre en scène les œuvres, on s’est vraiment construit un scénario pour l’exposition. Ça permet de lier nos deux univers, même si on a déjà pas mal de points communs.

Il va y avoir un décor aussi ?
Mosa : Il n’y aura pas vraiment de gros travail de scénographie à ce niveau là parce qu’on veut laisser parler les pièces et les dessins. Mais il y aura de la sculpture, quelques volumes et des ambiances sonores.

Skubb : Et des textes qui accompagnent le tout.

En termes de dessins, vous avez tous les deux différents travaux. Mosa toi tu as peint des toiles assez géométriques, avec des planètes par exemple, et plus récemment tu as présenté une série plus figurative « tumblr ». Qu’est-ce que tu vas montrer à Marseille ?
Mosa : En fait je fonctionne par série, mais j’essaie toujours de conserver une esthétique centrée sur la science fiction, avec tout cet aspect galactique qui m’intéresse énormément. Par exemple, pour mon expo Countach ça se concrétisait par des retranscriptions de visions d’un texte qu’avait écrit Skubb. Là je travaillais autour des projections de visions représentées par des formes géométriques réalisées à la spray. Et parce que je marche par périodes, par séries, je voulais ensuite quelque chose de plus libéré, je voulais sortir de ce créneau « Countach » très géométrique, donc j’ai commencé à utiliser la craie grasse et à produire des pièces au dessin plus sensible, avec des monstres. Pour Marseille, je vais mélanger ces deux styles, le style style « Countach », géométrique, très carré et le style « tumblr », beaucoup plus organique.

Qu’est-ce que ça veut dire Countach au fait ?
Mosa : C’est le nom d’une Lamborghini des années 80 et c’était donc le nom de mon expo à Lyon. Pour présenter cette expo, j’avais fait un trailer où un tu vois une Countach. J’ai tellement aimé cette voiture avec ses airs de vaisseau spatial, hyper affiné, avec ce côté un peu dépassé, Mad Max, post futur, que finalement pour moi elle incarnait la vision de la science fiction qu’on avait dans les années 70 – 80. C’est tout ça qui a fait que j’ai donné le nom de cette voiture à ma série de peintures.

Et toi Skubb, tu présentes quoi à Marseille ? J’ai vu que tu écrivais des textes dans tes œuvres, c’est presque de la poésie non ?
Skubb : Disons que moi aussi j’aime beaucoup la science fiction, je rejoins Mosa là-dessus. Mais je préfère la SF dans les livres. J’aime vraiment toute cette littérature, de K. Dick à Matheson, entre autres. Sinon picturalement je me sens des affinités avec le mouvement surréaliste. Et comme j’écris depuis toujours, je mélange ces deux influences, j’essaie de faire des liens. Ensuite le lien avec le graffiti est logique ; c’est la représentation de la lettre. Donc j’essaie d’incorporer le texte dans mes œuvres graphiques. Pour moi, le côté lyrique marche très bien avec le texte. Les mots sont une espèce de clé du sens, de la compréhension. J’essaie de faire des œuvres qui mélangent à la fois le système dadaïste, surréaliste, qui consiste en l’interprétation des symboles et des signes comme ils viennent, et le texte. Mon travail est basé sur ces corrélations. Je fais des compositions et cela me permet de jouer sur le dialogue et la traduction. Je suis très influencé par ça depuis toujours puisque je suis franco-allemand, je parle allemand et français depuis que je suis né et je suis obsédé par le fait de retranscrire et par le fait d’établir des liens entre ces deux cultures voisines mais tellement opposées.

Tu n’écris pas en allemand ?
Skubb : Non. Ça m’attire moins. Pour moi l’Allemand est plus explicatif alors que le Français est plus poétique. Le Français sert à ouvrir des portes, l’Allemand c’est plus pour les fermer. Je vois plus l’Allemand comme du dessin, du dessin technique.

Et au niveau des symboles avec lesquels tu travailles, tu utilises des clés, des étoiles… C’est une autre sorte de traduction ?
Skubb : C’est un autre langage, occultiste, issu des traditions de magie ancienne et récente. Il y a tout un travail de symbolisme autour de ça. Je te parlais des surréalistes ; ils établissent un rapport entre la psychanalyse et l’art et ils expliquent que tu interprètes tes rêves avec des symboles et que ta mémoire marche par rapport à des formes dans lesquelles tu vas mettre des émotions…

Mosa : Oui, c’est ça qui est intéressant aussi, c’est ce côté conscient/inconscient, rêve/réalité, c’est dans cet entre-deux qu’on a voulu faire l’expo et on l’a matérialisé par Yildun, le nom de la machine à rêve. C’est l’occasion de donner nos visions de cet entre-deux – par exemple le moment où tu te réveille, le matin, où t’es un peu coupé de la réalité… voilà, on voulait donner cette vision là. C’est ça l’enjeu.

C’est un peu une idée de lendemain de soirée, de vapeurs dans la tête ?
Mosa : Il y a un truc comme ça sauf que nous on sait ce qu’on a fait ! Et on te le montre sous forme papier.

Vous avez produit dans quelles conditions ? Encore un peu vaporeux, les lendemains de soirées ; ou sous influences ?
Mosa : Non pas du tout. On est pas dans le délire des produits psychédéliques. On a les pieds sur terre on est pas trop dans la drogue ! On essaie juste d’exploiter au maximum nos visions, nos sensations et de les retranscrire. C’est surtout ce travail là qu’on fait. Ce travail cérébral qui consiste à remettre en situation des choses que t’as vécu, que ce soit du côté du rêve ou de la réalité, et à les mélanger pour avoir ces visions. Moi je suis très intrigué par ces visions, par ce truc qui t’arrive dans la gueule sans que tu saches d’où il vient, par ce phénomène qui n’a pas forcément de sens, mais qui est très fort. Donc je rejoins un peu Skubb dans la dimension symboliste, des formes, des objets que tu peux voir et transformer en leur créant une histoire. On se retrouve tous les deux dans la construction de la fiction.

Skubb : C’est sûr qu’on savait en faisant l’expo ensemble qu’on avait des styles en accord, que nos goûts artistiques et picturaux se rejoignaient. Depuis très longtemps, je fais de l’art par rapports aux symboles que je croise, aux choses qui m’arrivent, je peux presque dire que ce n’est pas moi qui l’ai choisi ! D’abord le graff s’est imposé à moi et puis les éléments, les signes ont fait que j’aillais vers ce délire symboliste. Ensuite, c’est assez logiquement qu’on a pensé le concept du rêve avec Mosa. L’année dernière j’avais écrit un texte pour son expo Countach qui partait dans ce délire de voyage dans le temps. Ça m’était venu comme ça, en me réveillant, un lendemain de rêve. L’expo de Marseille est dans cette continuité, c’était assez logique et ça continuera si on a encore des expos, on poursuivra sur cette fibre là.

Vous allez laisser les gens s’exprimer d’une manière ou d’une autre ?
Skubb : Ce n’est pas le but de cette exposition.

Comment vous êtes tombés dans cet univers science fiction ?
Mosa : Pour moi tout a commencé très tôt, avec des dessins animés comme Ken le Survivant et leurs univers post apocalyptiques défoncés par les angoisses du nucléaire et autres. Et puis, il y a aussi les mangas comme Akira, les comics, avec des questions communes qui tournent autour des problèmes liés au nucléaire, aux mutations, à la génétique… Tout ça a nourri les artistes des années 80, au moment où j’ai commencé à regarder des dessins animés. Ensuite, en grandissant, on retrouve des liens entre ces univers et le quotidien : le post apocalyptique rappelle les terrains vagues par exemple. Finalement, la fiction et la réalité sont assez liées. On se sent bercé dans ces univers, ce sont des refuges. C’est comme lire une BD pendant une heure, ça te mets dans un monde et c’est ça qui me nourri. J’aime l’immersion, dans n’importe quelle œuvre, qu’il s’agisse de peinture, de cinéma…
C’est ce qu’on a voulu faire avec Yildun ; c’est créer un monde avec cette machine à rêves qui est la colonne de l’expo. On s’est mis dans une bulle et on a tout imaginé, on a créé des schémas de cette pierre, on a inventé la manière dont elle marche, d’où elle vient, les temps de sommeil dans lesquels elle s’active, comment l’image va des synapses à la pierre… Donc avec Yildun on plonge les gens dans un univers qu’on a construit de A à Z, pour vraiment donner le sentiment d’immersion au spectateur. Moi, c’est ça que j’aime dans le dessin et dans la peinture, hormis tout le plaisir que tu peux avoir à dessiner.

Skubb : J’ajouterai que la science fiction fonctionne très bien avec le graff. Personnellement je suis plus attiré par la littérature, les écrits d’anticipation, Lovecraft, Richard Matheson, K. Dick… C’est des petites nouvelles paranoïaques qui ne se situent pas dans un futur si lointain que ça, mais qui partent juste d’une petite brèche, d’une petite idée de la réalité à partir de laquelle tu te rends compte qu’il y a un monde parallèle. Quand tu fais du graff, surtout au début, tu es dans une espèce de paranoïa parce que tu vois l’envers du décor de la ville : tu rentres dans des immeubles, tu vas sur des toits, tu passes des palissades, tu fais des trucs interdits, tu braves des codes et du coup t’as l’impression d’évoluer dans un autre monde. C’est là que la science fiction et l’anticipation t’amènent un peu une matière, quelque chose de concret qui te rassures, qui te dis qu’il y a beaucoup de gens qui ont tripé avant toi, sur tout ce qui était possible. Parce que tout ce qui fourni beaucoup d’adrénaline, ça peut t’amener à te perdre. Dans le graffiti il y a beaucoup de cas de gens qui sont allés trop loin et qui perdent les pédales, donc je trouve important de toujours donner un point de fuite au délire, et c’est pour ça qu’on se rejoint sur la science fiction.

Quel est l’enjeu de Yildun ?
Mosa : Yildun est révélateur de question et d’enjeu de notre société. Elle montre les désirs, les refoulements de chacun et dénonce aussi le viol de l’inconscient, qui est le dernier refuge de nos pensées… Il y a cet aspect contrôle de la pensée qui est présent, on y voit montrer au grand jours les fantasmes et les craintes de chacun. Yildun parle intimement de nous même.

Skubb : On pourrait dire que Yildun est un peu le fantasme du pornographe.

Donc pour toi la SF est liée au graff ?
Skubb : Oui, il y a une résonance. Et puis tu regardes les influences graphiques depuis le début du graff, je trouve qu’il y a un lien avec la science fiction. Mosa parlait d’Akira, c’est une pierre angulaire pour le graffiti : le délire de bandes dans le futur, des nouvelles technologies, ça a influencé et ça continue d’influencer les gens.

Mosa, tu vois ça lié aussi ?
Mosa : Pour moi quand tu fais du graffiti tu représente quelqu’un qui n’est pas ta personne réelle. Tu te crées un personnage et c’est aussi ce que tu fais quand tu fais de la littérature de science fiction, ou de la fiction, tu crées des personnages. Alors pourquoi il n’y aurait pas un lien entre une personne qui marche dans la rue qui fait du graffiti et qui s’invente une vie dans un certain sens, et, comme on disait, dans Akira des bandes qui sont en moto dans la ville et qui se foutent sur la gueule entre bandes rivales dans un univers post apocalyptique qui se rapproche des terrains vagues ? Il y a des résonnances dans le fait de se créer un personnage. Il y a un lien évident.

Pour certains le graffiti est complètement égo-centré et ils essaient de retranscrire leur personne, leur vie… C’est moins narratif.
Skubb : Peut-être qu’on a un peu plus de recul par rapport à ça parce qu’on a justement la chance d’avoir une culture qui nous a permis de ne pas nous laisser envahir par les fortes émotions que ça peut donner, qui sont formidables bien sûr, elles sont l’essence du quotidien, mais il faut garder en tête que c’est une sorte de jeu, c’est des noms, des personnages qu’on s’est créé. Et ne serait-ce que par rapport à la ville ; la science fiction est très liée à la ville et le graffiti aussi, c’est la ville. La ville c’est tout le temps en projet, en construction, Paris est toujours en construction, ça va tout le temps de l’avant, et donc t’as tout le temps envie d’être à la pointe, de représenter le futur en quelques sortes. Alors quand tu fais un tag t’as envie que ce soit un tag du futur et que dans un an ou deux les autres copient le style que t’as fait maintenant. Tout ça c’est aussi l’anticipation !

Donc le graffiti traditionnel vous intéresse moins ?
Mosa : Si, ça nous intéresse. On a été nourri par ça, on le respecte, on le vit même d’une certaine manière. Mais quand tu as fait dix ans de graffiti, tu vois d’où ça vient, comment ça évolue, et t’as envie de pousser le bouchon un peu plus loin. C’est ce qu’on fait avec le PAL, on essaie de faire avancer le truc. Ça va faire trente ans qu’il y a du graffiti, donc on a envie que ça bouge, quitte à ce qu’on appelle plus ça du graffiti mais de la peinture. On a, de toute façon, envie d’apporter notre pierre à l’édifice. C’est pour ça qu’on est dans cette idée de projection, c’est très important pour nous.

À New York (pour l’expo collective Paligenesis à la Klughaus Gallery – ndlr) vous avez senti que les gens comprenaient ce que vous faites ? Qu’ils étaient réceptifs ?
Skubb : Il y a toujours une partie des gens un peu traditionnalistes qui bloquent un peu sur nous, qui se disent « c’est qui ces gars », de quel droit… Et puis il y a ceux qui acceptent, et parmi ceux qui acceptent il y a ceux qui comprennent vraiment nos intentions. Après on score peut-être pas à tous les coups, mais en tout cas ils comprennent qu’on cherche à aller de l’avant et à rendre le graffiti vivant. Et finalement ceux qui comprennent ça, ils comprennent qu’on reste dans le mouvement graffiti qui doit, depuis le début, être créatif, ne pas croupir et se renouveler, trouver des solutions… La base de notre pratique c’est quand même de se faire plaisir et les gens qui ressentent qu’on se fait plaisir comprennent qu’on veut aller de l’avant.

Finalement vous êtes inspirés par le graffiti passé ?
Mosa : Oui. Le graffiti new-yorkais traditionnel, même les scènes françaises à l’ancienne nous ont influencé c’est sûr. Après, je t’avouerais que mon inspiration ne vient plus vraiment d’artistes du graffiti mais plus d’artistes contemporains et de mouvements passés. Par exemple quand on fait des stores, on se fait des délires à la Dürer, façon gravure, ou on peut aller vers l’art nouveau… Mais les influences on va les chercher partout, parce qu’on sait très bien que les bons graffeurs vont chercher leurs influences ailleurs. Il faut pousser les références, les influences, sans limites.

Est-ce que parfois vos expériences graffiti influencent votre peinture d’atelier ?
Skubb : Pour moi, complètement. Comme je te disais, par rapport au texte, dans mon cas c’est totalement lié. J’écris énormément depuis l’école et j’avais des profs de français qui me disaient que j’étais plutôt doué, mais ça me faisait peur. Quand je me mettais à écrire ça créait des paranoïas, des espèces de phobies chez moi, donc j’ai arrêté. Plus tard, j’ai voulu faire de l’image, j’ai fais un court métrage, j’ai travaillé un peu dans le cinéma et finalement ça ne m’allait pas du tout, mais je voulais quand même continuer à faire de l’image donc j’en suis venu au graffiti. Et plus le graffiti avançait, plus j’avais envie de faire de la peinture et puis à force de faire des lettres, je me suis dit « attends, c’est quand même de l’écriture » et puis au fur et à mesure je me suis remis à écrire. Du coup, je réintègre l’écriture dans mes pièces. Peut-être que demain je serais juste écrivain !

Et vivre de la peinture, ça vous traverse l’esprit ?
Mosa : C’est complètement une optique, oui.

Skubb : Oui, je pense que c’est un but.

Mais tout le côté commerce que ça implique ça ne vous repousse pas un peu ?
Mosa : Pas spécialement. C’est un business comme un autre, après il faut essayer de rester honnête et humble dans ce qu’on fait.

Skubb : C’est pareil que dans le graff, nous ça fait des années qu’on fait des trucs différents, enfin qu’on essaie, et ça met le temps que ça met mais il faut créer sa case. Je sais qu’avec nos potes les PAL on a foi en ce qu’on fait et je ne doute pas qu’on puisse trouver un créneau sans se trahir, sans se vendre ni baisser notre froc pour je ne quel projet street art. On peut continuer à faire ce qu’on aime et trouver un moyen d’en vivre. Plus que d’être un artiste très connu, moi, je veux juste en vivre, créer une case, une nouvelle forme d’expression qui me corresponde.

En terme de formation artistique, vous avez fait des écoles ?
Mosa : Moi j’ai fait deux écoles, l’école Boulle et les Beaux-Arts. Ça fait huit ans de formation artistique qui t’amènent clairement quelque chose du point de vue de l’expérience, de l’enrichissement personnel. Les rencontres avec les artistes, les professeurs, ça t’apporte énormément. Et puis ça te forme plus ou moins pour rentrer dans un milieu artistique, mais c’est ne pas parce que t’as fait les beaux arts que t’es artiste !
En tout cas, dans mon cas, ça m’a énormément apporté. Toute cette époque j’ai été une éponge, j’étais fasciné par les cours d’histoire de l’art, par toutes les périodes, et d’une certaine façon ça m’a aidé à me construire. Je pense que c’est quand même la base d’avoir une culture artistique pour te situer dans un premier temps, ensuite puis pour connaître les enjeux, les périodes, les artistes, et finalement pour te construire et avancer. C’est ça que je reproche aussi aux gens du graffiti c’est qu’ils n’arrivent souvent pas à faire ce lien et à se situer en tant qu’artistes graffeurs pour ensuite aller de l’avant, se projeter. De manière générale, je pense que dans le graffiti les gens ne se prennent pas assez la tête pour expérimenter et faire avancer les choses. Après, je n’aime pas non plus trop les étiquettes et je préfère qu’on me considère comme un peintre. C’est comme le terme « street art », c’est une étiquette que je ne revendique pas du tout, clairement je n’y appartiens pas.

Skubb : C’est sûr qu’il y a quelque chose de l’ordre du ghetto dans le terme « street art », il y a une case qui est en train de se créer et c’est une espèce de fourre-tout. Je pense qu’on veut éviter ça. Il y a un business pop derrière qui est malsain. Après, qu’il y ait des gens qui en vive, je comprends tout à fait mais ce qui est chiant c’est d’enfermer les gens dans ces cases. C’est pour ça que comme je te disais, construire sa case, sa cabane, c’est ce qui nous intéresse.

Le terme « street art » regroupe aussi beaucoup de gens qui ne font que créer de l’image, donc il y a évidemment une dimension qui suscite beaucoup moins de réflexion…
Mosa : C’est ce que je te disais quand je te disais qu’on crée des mondes. Nous, on est pas uniquement dans l’esthétique, dans l’image, dans le m’as tu vu, on essaie aussi de développer des concepts ; quand on a l’occasion de travailler en galeries, on essaie d’amener un concept qui soit, lui, source d’image sans se cantonner à la superficialité, au beau ou au joli. C’est ce qu’on essaie de faire avec Yildun, c’est aussi ce que j’avais fait avec Countach, c’est vraiment conceptualiser une chose et la mettre en forme ; c’est ça que je trouve important.

C’est aussi important d’expliquer au public ce qu’on a fait pendant les expos, autrement tout le côté conceptuel est perdu et personne ne sort gagnant.
Mosa : Mais les gens qui s’intéressent à l’art en général ils sont toujours curieux et ils vont toujours se pencher sur ce qu’ils ont sous les yeux. Je ne vais pas dire qu’il faut être élitiste, mais si tu fais un boulot dans lequel les gens peuvent suivre ton chemin, généralement, les personnes saisissent ton esprit et comprennent tes pièces.

Le mot de la fin ?
Skubb : Je dirais qu’il faut assumer le background culturel qu’on a, ne pas hésiter à le mettre en avant, montrer ce qui nous construit, et qu’il faut arrêter de se cacher derrière des postures. On ne vient pas de nulle part et je pense qu’avec Mosa on est fiers de montrer toutes nos influences et le bonheur que ça nous a procuré de trouver ces mondes parallèles et de créer le notre à partir de là. C’est ce qu’on a envie de montrer aux gens et on espère qu’ils pourront le comprendre, parce que finalement, on essaie de se faire plaisir. Et de leur faire plaisir !

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